J'avais bien prévenu Ella de ne pas parler, de ne pas couper la parole au juge et de ne pas s'interposer entre le juge et moi pendant l'audience. Ma petite fille n'ayant aucune timidité et cherchant en permanence à séduire, nous avons parfois des problèmes de limites.
Moi, en revanche, je suis très intidimidée face au procureur, la juge, aux deux assistants et à la greffière et je mesure la solennité de l'instant. J'ai la bouche sèche et je peux à peine parler. Ma fille près de moi ne bouge pas. Nous écoutons la juge nous raconter nos vies en quelques secondes, j'acquiesce à tous les faits. Elle demande l'avis du procureur sur cette demande d'adoption plénière. Il est favorable. Et au moment où elle va prononcer l'adoption, Ella lève la main.
Je suis sous le choc, pétrifiée. Mais que va-t-elle dire?
La juge demande:
- Oui, tu veux ajouter quelque chose?
- Oui, je veux être la fille de cette maman-là, dit-elle en me montrant du doigt.
Tout le monde sourit. Moi, je n'en reviens pas! Je prends ma fille dans les bras, j'ai les larmes aux yeux, je l'embrasse. Et la juge ajoute: "On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps, je prononce l'adoption plénière."
J'ai pleuré de soulagement tout le reste de l'après-midi... tout en réalisant qu'un certain 21 juin 2006, j'envoyais ma lettre au conseil général pour adopter un enfant. Je ne savais pas dans quelle merveilleuse aventure je me lançais. J'imaginais ma vie changée, mais je ne savais pas à quel point.
Je sais que nous sommes passées entre les gouttes, que la Chancellerie recommande de ne plus donner la plénière aux enfant haïtiens, et ce, depuis le 1er juin. Je mesure ma chance. La chance que nous soyons passées dans ce petit TGI de province, humain.
Et en me remémorant chaque minute de cette journée que je n'oublierai jamais, je sais que la chance folle d'être la maman d'Ella, petite fille hors du commun.
En voyant que nous passons dans la salle 4, je sais que tout va bien se passer... un de mes chiffres porte-bonheur!
Après le jugement, nous sommes soulagées!
Un petit tour de manège pour se récompenser d'une journée malgré tout, très difficile. Pleurs, maux de ventre, colères, éclats de rires, pipi à la culotte... bref, que des émotions fortes et en dents de scie! Quel épuisement!
Oh ! Ella ! tu es bien la fille de Aude ! Nous avions aucun doute là-dessus. Et maintenant c'est officiel pour la terre entière !
RépondreSupprimerNinou
Chères Aude et Ella,
RépondreSupprimerFelicitation! Enfin, c'est fait. Rien peut changer que vous êtes fille et maman.
Gros bisous, Marte